Livres 2025 (8): Les livres jaunes
Et je continue le carrousel des couleurs ....
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- Galatée **: Pygmalion, sculpteur va créer une statue de femme qu'il appellera Galatée. Il va en tomber amoureux. Mais ce récit millénaire du sculpteur misanthrope, épris de la statue qu'il vient de réaliser, demeure inachevé : lorsque Galatée est transformée en être vivant par les dieux, elle est réduite au silence par les hommes. Enfin, il est temps pour elle de devenir la narratrice de sa propre histoire et ainsi de choisir elle-même son destin. Un récit forcément féministe, puisque c'est Galatée qui a la parole. Eclairant.
- Kaddour *** : Dans ce récit autobiographique, de l'annonce de la mort de son père Kaddour, le 15 août 2020, à sa mise en terre six jours plus tard, le temps est en suspens pour l'auteure, Rachida Brakni, tant la complexité de la situation liée au covid rend incertaine la possibilité que son corps puisse être rapatrié en Algérie comme il le souhaitait. Six jours durant lesquels Rachida Brakni convoque ce qu'elle sait de l'enfance abîmée en Algérie, de l'arrivée en France, que son père sillonnera au volant de son camion, jusqu'à la chute, corps meurtri. Mais aussi ce qu'il lui a transmis, le rapport à la terre, au langage et aux livres. Un autre portrait qui sort de l'anonymat ces hommes déracinés réduits à leur condition d'ouvriers, tiraillés entre deux pays. Cette lecture m' a beaucoup rappelée "le silence des pères" de Rachid Benzine: des hommes et femmes qui ont dû faire des choix douloureux et assumer les conséquences, voire payer un prix fort élevé pour le reste de leurs jours: dans le cas de Kaddour Brakni, il a "choisi" de transmettre une double culture plutôt que de taire les traumas. Que ferions nous? "Une volonté farouche de s'extraire de sa condition sans jamais se couper de ses racines ni se renier. Rachida Brakni ".
- Trois jours dans la vie de Paul Cezanne °°: L'oeil chafouin, le poil hirsute, Paul Cézanne crapahute par les collines, suant sous son melon, le dos courbé sous le poids du chevalet. Apparaît la bottine d'une femme gisant sur un talus, et c'est le drame. Trois jours dans la vie de Paul Cézanne suffisent à Mika Biermann pour faire sauter les écailles de peinture, gratter la trame, ajourer jusqu'à l'os le portraitiste de la Sainte-Victoire. Un vilain fait divers transformé en une odyssée de garrigue sur une mer de peinture, dans le sillage du peintre bourru, vaniteux et obsédé par des chimères grotesques qui n'engendrent pas la mélancolie. Une écriture crue-éclair ^pur ne pas dire vulgaire de ce tout petit livre ( à tout point de vue).
- Le rêve du Jaguar ***: Antonio, abandonné à la naissance à Maracaibo, est promis à une vie de mendicité. C'est sans compter sur son énergie et les incroyables rencontres parsemant son chemin. Vendeur de cigarettes, homme à tout faire dans une maison close... il sera finalement chirurgien. A ses côtés, une compagne d'exception, première femme médecin de la région : Ana Maria. Repoussant les limites, affrontant les révolutions soulevant leur pays tout le long du XXe siècle, ils donnent un jour naissance à Venezuela. Jeune fille, aussi déterminée et courageuse que ses parents, elle se bat à son tour pour s'accomplir... Une saga digne de la littérature sud américaine (Garcia Marquez ou Carlos Ruiz Zafon) foisonnante qui nous permet de remonter le fil de l'histoire du Vénézuela. Comme souvent les prix de l'Académie Française sont des objets littéraires soignés et celui-ci a d'autant plus d'écho que l'actualité remet le Vénézuela sur le devant de la scène.